Construction en paille

Nous aimerions que notre maison soit construite en paille. Les premiers préjugés que nous entendons partout sont : « Mais ça va brûler » ou « Et les trois petits cochons ». Essayons de démystifier tout ça.

Résumé

Si vous devez retenir l’essentiel, voici un tableau extrait d’une étude détaillée (voir plus bas).

Production et transport Techniques et mise en œuvre Ouvrage fini et durée de vie Démolition
renouvelable annuellement économique habitat sain entièrement recycable
disponible localement isolant et porteur à la fois bon isolant retour à la terre comme fertilisant (car pas d’imprégnation toxique)
peu de transport techniques simples et flexibles régulateur hygroscopique utilisation comme combustible de chauffage
faible énergie de production (2 à 10 fois moins que le bois) bonne résistance au séisme possibilité de faire d’importantes économies de chauffage transformation en agrocarburant
valorisation d’un sous-produit céréalien rapidité de construction entretien simple et facile faible énergie grise
peu de transformation et mécanisation auto-construction accessible longue durée de vie (plus de 100 ans)
disponible en quantité construction jusqu’à 6 étages bâtiment équivalent Minergie, Minergie-P, Minergie-P-ECO
infrastructures de fabrication et stockage déjà existantes mise en œuvre saine et sans déchet

Pourquoi changer de méthode ?

La moitié de l’énergie primaire en Suisse est consommée pour le bâtiment, dont 30% exclusivement destinée au chauffage. Si on supprime le chauffage et que l’on réduit énormément l’énergie nécessaire pour construire le bâtiment, alors à l’échelle d’un pays, cela peut faire une réelle différence. Surtout en cas de crise énergétique…

Matériau écologique

Notre projet d’une maison autarcique vient de la permaculture. Nous voulons utiliser des matériaux locaux, avec une faible énergie grise, et où tout a une utilisation durant son cycle de vie.

La paille est un sous-produit céréalien : le blé, le riz, l’orge… Elle pousse partout dans notre région (canton de Vaud en Suisse). Très peu de transport est nécessaire pour l’amener sur le chantier. Peu d’énergie est nécessaire pour la transformer : une botte à haute densité nécessite une bonne botteleuse. Plusieurs études parlent de 2 à 10 fois d’énergie que le bois pour obtenir le produit final. Elle est très bon marché, et disponible en grande quantité (dans notre région, plus de 80 000 tonnes par an environ).

Lors de la destruction de la maison, tout peu retourner à la terre : le bois comme la paille, et les revêtements. Ce sont des fertilisans pour le sol (apport en carbone). Ou alors, ils peuvent servir de chauffage.

La paille ne produit aucun rejet toxique : aucune particule allergène ou cancérigène. La paille stocke le CO2 plutôt que d’en émettre. Le CO2 absorbé par la photosynthèse est équivalent voir plus élevé que celui dégagé par sa fabrication et son transport.

Bref. Ça a pratiquement toutes les propriétés d’un matériau écologique. Pourquoi presque ? Parce que nous ne connaissons pas toutes les propriétés requises, mais comparée au béton ou la brique, la paille est de très loin le meilleur matériau.

Isolations

Température. Dans une maison en paille, pas ou peu besoin de chauffage. C’est aussi quelque chose que les personnes ont du mal à admettre : « Non mais c’est pas possible, vous devez forcément avoir un chauffage, ne serait-ce que pour l’hiver ? ». Et bien non. La paille est un isolant tellement efficace que —quasiment de base— elle offre le label Minergie-P ou Minergie-P-ECO (voir Les labels énergétiques en Suisse).

Humidité. Non seulement c’est un bon isolant pour la température (chaud et froid), mais aussi pour l’humidité. En effet, la paille respire (bon, ça n’est pas le terme exact, mais ça s’en rapproche beaucoup). Elle stocke l’humidité, l’évacue quand il y en a trop, ou la restitue quand il n’y a pas assez. Pas d’énergie nécessaire pour gérer l’humidité dans la maison. La paille et la physique travaillent pour vous.

Phonique. Ça n’est pas un sujet abordé régulièrement mais la paille offre une excellente isolation phonique. Et à l’intérieur, très peu voir quasiment pas de raisonnance.

Risques et durée de vie

« Ça va prendre feu ! ». Non. Pas plus qu’une maison en béton tout du moins. Premièrement, la paille compressée contient assez d’air pour être un bon isolant, mais pas assez pour brûler. Deuxièmement, la paille est protégée par un revêtement, au choix :

  • enduits en terre crue ;
  • crépis à la chaux (aérienne) ;
  • bardages en bois (sur enduit terre ou chaux) ;
  • torchis.

Le seul risque au feu est lors de la construction (cigarettes interdites, pas d’étincelle etc.). Plusieurs tests officiels ont été faits sur des maisons en paille : pas de fumée toxique traversante, doit toujours tenir debout… Et même si vous essayez de mettre le feu à la botte de paille directement, seule la surface brûlerait. Voir l’étude détaillée ci-après pour plus de détails.

« Ça va se faire manger par les p’tites bêtes ! ». Non. Tout est fait pour que les bêtes ne mangent pas la paille. Et sans l’aide de produits toxiques. Les rongeurs ne mangent pas la paille, ils s’y installent pour faire leur nid. Les termittes s’attaquent au bois, pas à la paille. Les insectes ne mangent que la paille humide, donc tant qu’elle reste sèche (moins de 15% d’humidité), pas de problème. Pour ça, il faut bien choisir ses enduits et revêtements. Enfin, la densité de la paille (90 à 110 kg/m3 pour les petites bottes) est tellement élevée, que quasiment aucun rongeur ou animal ne peuvent y rentrer.

« Ça va prendre l’eau ! ». Non. La paille est protégée lors de la construction, et l’humidité traverse la paille.

« Ça va tomber ! ». Non. La durée de vie d’une maison en paille est de plus de 100 ans. Les plus vieilles ont 150 ans. Et pour être franc, on ne connaît pas la durée de vie, car les premières maisons sont toujours debouts.

Assurances

La paille est un matériau certifié pour les constructions de bâtiments en Suisse et en France. Les assurances en tiennent compte.

Étude détaillée

Une étude détaillée de 2009 propose tous les avantages et inconvénients de la paille. Un document de 31 pages, très clair et en français. Lecture vivement conseillée : Étude paille ATBA.

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